J’aimerais commencer ce récit par " il était une fois " comme on démarre un conte de fées, mais serait-ce bien raisonnable ? Quoique je n’aie pas envie dans ce cas d’être raisonnable et je ne le serai pas.
Première et dernière résolution de l’année. Je me souviens de ce premier jour où rien et tout furent habituels. J’avais terminé l’année 2009 sur une rencontre fortuite d’une connaissance d’un de mes collègues et ami. Nous avions pris un verre, plusieurs même, pour fêter quelques heures par avance le nouvel an. Nous étions donc quatre personnes attablées, discutant joyeusement des préparatifs festifs en vue. L’homme qui venait de m’être présenté avait une allure générale tout à fait normale, et sans doute se disait-il la même chose à mon sujet. Au fil de la conversation, je me risquais un coup d’œil plus soutenu vers lui de temps en temps, n’osant cependant pas être trop insistante. Plusieurs fois, je baissais le regard vers ses mains, y cherchant un indice de sa vie. Une alliance ? Oui me semblait-il.
Légère déception. Les minutes s’égrenaient rapidement. Le retour au bureau, lui, se faisait ardemment désirer, comme une amante se déshabillant langoureusement et cherchant à retarder le moment fatidique de la nudité. L’animation prenait vie dans notre petit groupe, réchauffant encore plus notre attente de la nouvelle année. C’est toujours un grand pas ce début d’année, on se donne mille et une raisons d’entamer une quantité de nouvelles choses : un nouveau régime, diminuer ou cesser de fumer, faire du vélo, résolutions non-tenues pour la plupart d’entre nous. De mon côté, aucun vœu n’était au rendez-vous, sinon celui de ne pas en faire, de manière à ne pas être déçue. Une certaine intimité joyeuse a arpenté notre petit groupe au fil de l’après-midi déjà bien entamé. Un sourire, Un rire, Une parole, Une petite taquinerie, Tout était bonne humeur entre nous. L’heure du départ avait depuis longtemps sonné quand nous nous sommes décidés à nous quitter. Porte d’entrée lourde du bâtiment. Ascenseur. Chacun part de son côté, laissant un vide et en même temps une impression d’être emplie du sentiment joyeux d’avoir passé d’excellents moments.
Une idée me turlupinait. Vivement. Lui. Qui est-il ? Ce bref échange m’avait laissé un étrange goût de trop peu en bouche. J’avais envie d’en savoir plus. Par curiosité ? Non, ce n’est décidément pas dans ma nature. Pourquoi alors ? Il avait ouvert une petite brèche en moi, indéfinissable. Sans le savoir, il avait tendu un petit fil ténu entre lui et moi, celui de l’envie. L’envie d’une découverte. Lui. Quelques jours ont passé et je n’ai pu m’empêcher de penser à Lui. Allais-je le revoir et dans quelles circonstances ? Ces questions me passaient par la tête sans pour cela devenir obsessionnelles. Après tout je ne connaissais rien de lui. Et décembre a cédé la place à janvier et une année à l’autre. Il est de tradition de faire une fête entre collègues en ce début d’année.
Petite trentaine de personnes invitées. Repas suivi d’une après-midi dansante. Secrètement l’espoir de Le revoir m’effleure, Tel le souffle du vent sur un visage échauffé par le soleil, Légèrement, Timidement. Le nombre de bisous distribués croît à vue d’œil. " Meilleurs vœux " Mais un seul vœu s’entête en moi. Celui de le revoir. Dans l’assemblée il se détache. Mon regard le cherche, le détaille encore sans qu’il s’en aperçoive. La distance nous sépare. Peut-être que finalement tout nous sépare. Je me concentre sur les discussions des autres collègues, égayées par le vin. Degré de concentration zéro. Pensée obsédante de lui. À regrets il est l’heure de quitter la salle de réunion pour se diriger vers la réception proprement dite. Déception puisque je sais qu’il ne participe pas au repas. Mais l’humeur est à la joie et je me laisse envahir par elle, savant mélange de saveurs diverses : apéritif, mets délicieux, dessert, danse à profusion. Il est vrai que tout est rires autour de moi. J’ai envie de rêver, de danser et de ne plus penser à peut-être ou si. Je ne sais plus à quel moment Il est apparu. Et puis de toute façon mon esprit avait filé en compagnie de la bonne humeur générale. Les danses s’enchaînent, défilent à toute vitesse comme une voiture sur une voie rapide. Invitations de collègues à danser un slow, puis un deuxième, toujours avec une personne différente. Ne jamais laisser planer le doute de la nature d’une relation amicale. De temps en temps je L’aperçois. Comme un fait exprès, il entre sans le savoir dans mon champ de vision, pour disparaître presque aussitôt. Autour d’un verre, je discute avec une ou deux amies que je n’ai plus vues depuis trop longtemps. Slows.
Encore me dis-je. Il m’invite. Enfin.J’accepte avec plaisir non-dissimulé. Petit clin d’œil de mon amie. Nous voici enlacés sur la piste de danse, je sens certains regards sur moi. Des collègues me font des signes que finalement j’ignore totalement. Je m’éperds dans la musique douce. Nous discutons un peu en tournant au rythme d’un vieux tube.
" On ira, où tu voudras, quand tu voudras… " Accélération du pouls. Le slow se termine et je sens que ni lui ni moi n’avons envie que cela s’achève, pas de cette façon. Pas maintenant. Cette fois c’est la fin d’une longue série. Il ne me lâche pas et continue à m’emmener sur ce rythme hors du temps qui s’écoule. Duo à contretemps. Aucun souvenir de la musique qui a suivi. Juste ses mains sur moi. Retour à la table. Finalement il m’accompagne. Discussion, Sourire, Rires. Une complicité s’établit peu à peu entre nous. Moments indescriptibles de légèreté dans cet échange. Musique. Musique. Tempo en accord dans nos corps. Encore. Un petit papier, un stylo. J’y inscris mon numéro de portable. L’heure a tourné comme un manège, lent et rapide à la fois. Fatigue, émotions de la journée, tout se mélange. Retour à la maison. Sur le chemin qui m’emmène. Un sms. Lui. Sourire vers l’avenir. Pour toi. 26/01/2010 
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