29 septembre 2011

Muse au musée

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Lundi

Le soleil ne brillait plus,
Depuis quelques dizaines de minutes déjà.
Antoine déambulait dans le couloir du musée.
La fermeture était pour bientôt. Il le savait, mais ne voulait pas l’admettre.
Il avait horreur de ce moment précis où il devait quitter ce lieu.
C’était ici qu’il l’avait vue pour la première
et dernière fois.

Un regard vers la pendule, 19h20.

Il fit quelques pas vers la sortie.
Aujourd’hui encore elle ne viendrait pas.

Mardi

Antoine ouvrit les yeux et fixa l’affreux papier peint de sa chambre.
Il serait temps se dit-il, de rénover l’énorme bâtisse héritée de sa défunte mère.
Cette maison lui donnait la chair de poule. Il repensait aux week-ends qu’il y passait à chaque sortie de l’internat. Il restait des heures, éveillé, dans le noir à tenter de percer ses mystères. Au final, il s’endormait, les yeux piquants et fatigués.
Quand le matin arrivait, il sentait l’humidité de la pièce le transpercer et, c’est grelottant, qu’il sautait dans ses vêtements agacés par le froid.
Ce matin Antoine, se leva de mauvaise humeur.
Comme chaque fois, ou presque.
Il pensa à Elle.
Une de ses premières pensées.
Et si…
Et si Elle venait aujourd’hui ?
Un peu plus tard, il s’engagea en voiture sur la voie rapide menant au centre ville.
Trouva un stationnement, et entra dans le Musée.
Comme tous les autres jours.

19h20, Elle n’était toujours pas venue.
Antoine se glissa dehors. Un léger crachin humidifia son pardessus vieillot.
Il refusa de rentrer, passa devant sa voiture et continua son chemin à pied.
Il irait où ses pas le mèneraient.
Au bout de la rue, il tourna à droite, puis à gauche.
La distance s’agrandit entre Elle et lui.
Les lumières des enseignes de la ruelle clignaient des yeux, invitant chacun à la débauche.
Antoine n’appréciait pas trop ce genre d’endroit mais ses pas l’y menaient.
Souvent.
Une vitrine en effaça une autre.
Il regardait, sans vraiment voir.
Il La cherchait des yeux, dans cette multitude offerte.
Parfois il lui semblait L’apercevoir derrière la vitre.
Alors il poussait la porte et se laissait emporter dans cet univers malsain.

Il se retrouvait avec Laure, qui avait fini par connaître Antoine et qui le savait en recherche de sa belle.
Il ne la trouverait pas,
Pas ici,
Il n’y avait qu’elle et lui dans la pièce.

Laure, la prostituée qui lui vendait ses charmes à défaut de lui offrir l’amour.
Laure trouvait Antoine gentil, même si, comme à chaque rendez-vous il ne la touchait pratiquement pas.
Il s’installait sur le lit et lui parlait comme s’il racontait une histoire.
La même.
Toujours.
Celle du petit garçon frigorifié et la douceur du sein de sa maman.

Laure tentait de l’apprivoiser, comme un petit oiseau blessé.
Elle se déshabillait, ôtait les traces rouges de son métier et berçait Antoine contre sa propre poitrine opulente.
Parfois il empaumait ce sein offert, mais n’y voyait pas l’attrait sexuel que Laure voulait lui donner.
Elle se sentait frustrée,
Parfois.
Alors au bout d’une demi-heure, elle se rhabillait et lui donnait le prix de cette consultation spéciale. Antoine sortait un billet de son portefeuille et le déposait sur la table de nuit, comme il l’avait vu faire à la télévision.

Et il repartait, vers sa voiture, épuisé par le trop-plein de sensations.

Mercredi

Antoine n’avait pas envie d’aller au musée. Il en avait assez de déambuler de salle en salle. Assez de guetter l’entrée et la sortie des visiteurs.
Il finit tout de même par s’y rendre, que pouvait-il faire d’autre après tout ?
Eternel recommencement.
Les salles étaient vides et froides.
Il choisit son emplacement favori, celui où il pouvait tout voir.
Il se perdit dans ses pensées.
Obscurément sensuelles.
Elle était debout, de dos.
Admirant les courbes d’une statue.
Antoine ne perdait pas une miette de son comportement.
Il la cherchait du regard quand elle errait d’une œuvre à l’autre.
Il s’extasiait devant sa nuque gracile,
Devant la beauté de sa peau.
Par mégarde il lui effleura le bras et une décharge électrique lui parcourut le corps.

Antoine sentait grandir en lui son envie d’elle.
Il la trouvait fantastique, il aimait sa façon de pencher la tête pour mieux voir telle ou telle peinture.
Elle ne lui offrit aucun regard.
Pourtant il savait qu’elle lui était destinée.
Il le sentait,
Dans sa propre chair.

Il l’admira longtemps, tout le temps que dura la visite.
L’inconnue ne daigna même pas lui jeter un coup d’œil avant de franchir la porte de sortie.
Elle n’avait même pas conscience de l’intérêt qu’elle suscitait chez Antoine.
Elle quitta le Musée,
Sans un soupçon.
Antoine la laissa partir, il n’aurait pas dû.
Au lieu de cela il était resté dans une béatitude stupide.
Et Elle s’était échappée,
Elle,
Sa Destinée.
Mais qu’aurait-t-elle bien pu faire d’un gardien de musée poussiéreux ?

Nous sommes tous des Antoine en puissance,
Nous attendons que le bonheur frappe à notre porte,
Il faut parfois lui donner un coup de pouce et l’ouvrir tant que nous en avons le pouvoir.

©Dentelle

11:14 Écrit par Dentelle dans Ecriture

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