11 octobre 2011

à marée haute (1e partie)

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La cour était déserte.
Un vent froid tapissait l’air, décoiffant les arbres, leur arrachant ainsi les derniers stigmates de l’automne.
Une pluie agaçante trempait les dallages bleutés et rendait le sol glissant.

Marion baissait la tête, tentant de repérer la porte d’entrée de l’imposant bâtiment.
Une rafale un peu plus violente la propulsa contre un des murs de pierre, Elle se redressa et s’agrippa un peu plus loin à l’énorme porte de bois.
Celle-ci n’était pas verrouillée et Marion s’engouffra en même temps que le vent à l’intérieur de l’édifice.
Un haut lustre distillait une lumière perçante, rassurant Marion sur la vie dans cette bâtisse.
Un petit bureau moderne attendait la clientèle de ce gîte spécial. Marion trouvait que le meuble dénotait par rapport à l’ensemble de l’architecture. D’ailleurs dès qu’on pénétrait dans le hall, c’était l’immense escalier en bois ciré qui attirait le regard, forçant l’admiration.

Marion sonna.
Une dame, jeune et souriante, se pressa devant Marion, comme si elle l’avait attendue avec impatience.
Celle-ci la prit dans ses bras et l’étreignit comme une vieille amie.

Marion se dégagea,
Sans brusquerie, mais s’étonna de cette familiarité.

" Bonjour Marion ! je peux vous appeler Marion n’est-ce pas ? "

" Euh, oui, si vous voulez ".

" Je vais vous conduire à votre chambre, vous pourrez vous débarrasser et défaire vos bagages ".

" Merci, mais peut-être devrais-je attendre Robin ici ? "

" Non, non tout est prévu, ne vous inquiétez surtout pas, Monsieur aura un peu de retard mais il nous a avertis ".

Marion déposa son bagage par terre et fouilla son sac à main à la recherche de son portable.
Pas de réseau.
Voilà pourquoi Robin ne l’avait pas prévenue de son retard. Il avait insisté pour qu’elle le rejoigne directement ici, puisque lui-même était déjà en séminaire dans la région pour son travail.

Elle avait fini par céder, même si les quatre heures de route la rebutaient.
Finalement elle rêvait de découvrir cet endroit magique pour elle, ses falaises, ses maisons d’un autre temps.
Beaucoup d’écrivains y avaient séjourné, y puisant inspiration, joie, magie des mots.
Marion aimait écrire.
Des petits bouts d’histoire, des textes. La sensualité des mots l’émouvait souvent, creusant en elle des sillons indélébiles.
Il lui était cependant difficile de partager cette passion avec quelqu’un. Peut-être que la musique en lettres n’influe pas de la même manière sur chacun d’entre nous, se disait-elle secrètement.
Robin l’encourageait dans cette voie mais n’avait pas la sensibilité nécessaire pour vivre pleinement une telle passion.
Marion pensait souvent que chacun est différent et qu’il faut s’y adapter. D’ailleurs elle le faisait.
Où le tentait.
Avec lui.

Marion grimpa les marches grinçantes derrière la jeune femme.
Elle ne savait dire pourquoi mais une crainte, tapie au fond d’elle-même, se faisait entendre.
Au bout d’un couloir qui avait paru s’étendre à l’infini, la femme s’arrêta devant une porte.
Elle y précéda Marion.

" Voilà, vous êtes chez vous ! Installez-vous, j’arrive avec du thé pour vous réchauffer "

Marion avait voulu lui dire qu’elle n’aimait pas beaucoup le thé, mais d’une pirouette, la femme avait disparu.

Au bout d’une dizaine de minutes, on frappa doucement à la porte.
Marion espérait que Robin arrivait enfin, elle ouvrit pour découvrir un plateau au pas de la porte avec un petit mot.

"Buvez tant que c’est chaud !"

Marion prit le plateau et le déposa au pied du lit.
Elle huma le liquide brûlant.

L’odeur n’était pas tentante mais Marion était frigorifiée et avait bien besoin de quelque chose de chaud.
Elle but.
Presque tout.
Elle s’étendit une seconde.

Quelques minutes plus tard, la tête commença à lui tourner, son cœur s’emballait.
Au dernier moment de conscience, une peur l’envahit.

Que faisait-elle ici et pourquoi ?

à suivre.

© Dentelle

13:04 Écrit par Dentelle dans Ecriture

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