11 octobre 2011

Boîte à méandres

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De guerre lasse Cyril raccrocha.
Encore un rendez-vous annulé ! Il commençait à se poser des questions sur sa relation avec Cécile.
C’était la troisième fois qu’elle décommandait une rencontre. Ils avaient pourtant l’air sur la même longueur d’ondes. Eh bien il s’était encore trompé.
Evidemment on ne peut obliger personne à avoir les mêmes sentiments, les mêmes ressentis vis-à-vis de l’autre.
Cyril marchait, au hasard , tout à ses pensées.

Il faisait encore très doux en cette fin d’octobre. La pluie avait déserté le ciel, laissant place à une légère humidité ambiante. Quelques passants s’attardaient devant une vitrine, montrant du doigt tel ou tel objet.
Cyril n’était jamais venu dans ce quartier, et finalement la réflexion l’avait amené à une marche conséquente d’au moins trois kilomètres. Il avait atterri dans une petite rue assez sombre malgré le ciel éclairci, dans laquelle on ne pouvait accéder qu’à pied.
Quelques boutiques se rangeaient côte à côte avec des devantures en bois déteint.
Un autre temps semblait s’écouler ici. Pas de stress de circulation, pas de cris de klaxons, pas de gens engoncés dans leur vitesse de marche à allure fantomatique.
Une boutique attira plus particulièrement son attention.
" L ‘ombre de soi-même ".
De lourdes tentures rouge sang cachaient une grande partie de l’étalage. Il distingua quelques jeux de cartes étalés dont les jokers avaient un air menaçant, quelques vieux bijoux en argent terni attendaient le cou ou la main de leur nouvelle propriétaire. Cyril fut attiré par un objet à demi caché sous un livre à la couverture écornée.
Il n’en distinguait pas les contours mais était cependant subjugué.
Cyril poussa la porte.
Une vieille cloche retentit, le faisant sursauter. On était loin des portes automatiques des grandes surfaces.
L’atmosphère poussiéreuse était étouffée par une odeur d’encens et un vieux monsieur vint vers lui pour lui tendre un sourire édenté.
Ils échangèrent les mots nécessaires, sans y ajouter un surplus de politesse.
Cyril sentait que ce Monsieur comprenait et ne voulait pas entamer une discussion commerciale.
Sans demander à Cyril ce qu’il désirait, l’homme se déplaça vers la vitrine et y saisit l’objet sous le livre.
" Voilà " dit-il.

Cyril avait peur. Il n’aurait pu dire de quoi ni pourquoi, mais l’objet en question l’effrayait tout en l’attirant.
" Merci " répondit-il en tendant la main.
Le vieil homme devança sa question sur le prix et d’une voix étrange lui dit :
" C’est gratuit pour vous "

Cyril enfourna l’objet dans son sac et sortit précipitamment de la boutique.
Il n’avait pu dire merci. Il était resté coi.

Au bout d’au moins dix minutes de marche, de retour dans une artère plus grande, Cyril s’installa à une terrasse extérieure chauffée. Quelques personnes attablées discutaient entre elles, sans un regard pour cet homme seul et d’humeur triste.
Cyril ouvrit le sac et en sortit une boîte en bois patiné par les années. Il s’attendait à cela sans vraiment savoir pourquoi.
D’abord il passa les doigts sur le couvercle sans oser l’ouvrir. Ensuite, il le souleva délicatement.
Une odeur suave s’en échappa, parfum de sensualité.
Des images furtives de corps enlacés coururent dans son esprit. Une étrange magie semblait opérer en Cyril.
Il se laissa glisser dans des rêves peuplés de volupté.
Quelques minutes passèrent et quand Cyril reprit ses esprits, il eût l’impression que des heures s’étaient écoulées.
Cyril avait envie de Cécile, pas uniquement physiquement. Elle lui manquait, beaucoup.
Il réfléchit à la manière dont il avait agi ces dernières semaines. C’est vrai qu’il l’accusait de reporter ses rendez-vous, mais l’appelait-il parfois pour lui dire un petit mot gentil ? Non.
Lui faisait-il parfois un cadeau ? Non.
Avait-il des gestes tendres à son égard en dehors de leurs ébats ? Non.
Mais quel genre de relation était-ce donc ?

Cyril referma la boîte d’un geste sec, et décida d’agir, de tenter de reconquérir Cécile. Il allait se battre.

L’Amour est souvent plus proche qu’on ne le pense.

Cyril sentit son torse se gonfler.
D’air pur,
De tendresse,
D’Amour.

Il téléphona à Cécile sur le champ, lui dit toutes les choses qu’il n’avait osé dire " avant ".
Elle accepta un nouveau rendez-vous, assez prometteur.

Cyril avait envie d’aller dire merci au vieil homme pour la boîte magique.
Il refit le dédale de rues, pour déboucher dans la bonne petite ruelle.
Il chercha,
En vain.
La boutique avait disparu.
Il devait se tromper, c’était impossible.
Il chercha encore et encore,
Mais rien.
Il ne comprenait pas. L’heure d’aller retrouver Cécile avait sonné. Il devait se résoudre à quitter le quartier… et puis cela avait-il de l’importance ?

Cyril marcha,
Glissa,
Vola vers sa Belle.

N’y a-t-il pas une boîte à magie pour chacun de nous quelque part ?

© Dentelle

12:07 Écrit par Dentelle dans Boîtes à...

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