05 février 2012

De l'ombre à la lumière

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Ce n’était pas nouveau.
Encore une fois les aiguilles avaient œuvré et un tissu d’heures avait filé entre le moment où l’être cher avait disparu dans la nuit et celui où elle revenait à la vie réelle.
Margot n’aimait pas les jours qui finissaient de cette façon, mais elle n’y pouvait rien.
Elle avait acquis ce petit brin de fatalité au fil des années.

Elle se remémora la soirée d’hier.
Un petit sms l’avait surprise dès sa sortie du bureau. 
« Je suis dispo pour quelques heures…. ».
Court et pourtant si concis.
Ces trois points de suspension qui en disaient long.
Trois points,
comme s’il était impossible d’arrêter l’encre de couler après un seul.
Comme si rien n’avait une fin.
Pourtant elle aurait aimé inscrire le mot fin à cette histoire, mais elle en était incapable.
L’Amour était plus fort que tout,
Plus fort que la raison,
Comme souvent,
Comme toujours  pouvait-elle se dire quand un petit moment de lucidité s’emparait de son esprit.

Le court message induisait tellement de choses !
Un petit souper, création d’une atmosphère chaleureuse,  une préparation méticuleuse de son corps.
Margot était donc passée chez le traiteur avant de réintégrer son minuscule appartement.  Pervenche, sa chatte l’avait boudée,  dès son entrée, comme si elle ressentait la tristesse de sa maîtresse.
Maîtresse.
Ce mot résonnait sans cesse dans sa tête.  Elle détestait ces lettres de l’ombre et cherchait souvent à les éviter, mais inévitablement elles refaisaient surface, comme un terrible secret qu’on essaie de noyer dans un dernier verre.
Menu de ce soir : « tagine de poulet aux abricots secs » et Elle-même.
Margot n’aimait pas particulièrement ce plat mais c’était l’un de Ses préférés et elle voulait à tout prix lui faire plaisir,
Comme toujours.

Elle approcha  la table basse de salon près du canapé et y dressa le couvert pour deux personnes.
Elle se versa un verre de vin d’un grenat profond, y trempa les lèvres et se laissa envahir par la douce chaleur ambiante.
Des bougies aux huiles essentielles de citron répandaient leur odeur douçâtre.

Margot détailla la table  avant de passer sous la douche. Elle savait comment allait finir cette soirée.  Après avoir goûté deux ou trois bouchées du plat, elle allait débarrasser assez rapidement et elle s’offrirait aux plaisirs de sa conquête.

La mousse orchidée sauvage s’étalait, moutonnait sur la peau blanche de Margot.  Elle se glissa ensuite dans sa moelleuse sortie de bain, avant d’opter pour une longue nuisette de satin mauve.  Épaules nues, elle frissonna.

Une clé glissa dans la porte qui s’ouvrit sur une silhouette.
Margot devinait le sourire sur le visage à contrejour, mais son propre cœur saignait, sans rien dire, sans le vouloir.

Le scénario intime qui suivit le premier baiser échangé se déroula comme dans un conte de fées, mais comme le pensait trop souvent Margot, sans les fées.

 

Elle se réveilla dans son lit,
Seule,
Juste avec les souvenirs du parfum de Joëlle sur la peau.
Cette ensorcelante femme qui avait fait d’elle une ombre,
L’ombre d’une maîtresse.

Je dédie ce texte à toutes les femmes qui restent dans l’ombre,
par obligation,
par peur,
ou tout simplement par Amour.

 

©Dentelle – 05/02/2012

 

21:21 Écrit par Dentelle dans Ecriture

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