20 février 2012

Pari tenu (suite et fin)

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Tu es prête ?
Ces quelques mots de Manuel la ramenèrent à la réalité.
- Presque !  s’entendit-elle répondre.
Un goût amer lui monta dans la gorge.  Elle ravala les larmes qui menaçaient de pulser sur ses joues pâles.
Elle enfila ses escarpins et sans un regard vers lui, fila.

Manuel ne tenta pas de la retenir.
Tout ceci était dans le « contrat ». 
Mais il ne pouvait s’empêcher de repenser à la folle nuit qu’il venait de passer, il se remémorait les gestes gracieux de Carla quand elle avait libéré son sexe durci de son fourreau.  La façon dont elle l’avait regardé droit dans les yeux quand le rythme de son bassin avait épousé parfaitement le sien.
Mais tout ceci était fini.
Il avait tenu son pari.

Carla grimpa dans la voiture de Gil.  Malgré la chaleur, elle frissonna.
Il l’embrassa à pleine bouche, glissa une main dans son entrejambe et d’un air satisfait, démarra en trombe.

La vie reprit son cours normal pour Carla.  Elle était la parfaite « épousée » que Gil attendait.  Il était courtois,  posé,  gentil dans ses bons jours, mais se laissait toujours guider par la raison.
Elle aurait voulu qu’il la traite comme une amante, mais il n’en ressentait pas le besoin. 
Par contre Carla avait les besoins d’une jeune trentenaire.  Et Gil ne faisait rien, ou presque pour la combler.
De temps à autre il l’autorisait à le masturber mais tout se passait toujours très vite et elle n’y prenait pas souvent de plaisir.
Elle rêvassait à cette folle nuit en-corps  qu’elle avait vécue avec Manuel.  Mais savait qu’elle serait l’exception qui confirme la règle.
Une seule nuit.
Juste une.

Tout avait débuté la semaine dernière…

Carla n’en pouvait plus.  Elle avait BESOIN de se sentir une femme désirée.
Elle s’était acheté une jolie robe en coton, des escarpins à talons hauts, un string de soie blanc.  Gil ne pourrait lui résister.
Vêtue de ses nouveaux achats, elle s’était rendue à son bureau dans l’espoir d’y puiser un peu de tendresse voire même un peu de sexe.
Elle s’était faufilée dans l’ascenseur et en appuyant sur le bouton 4, elle se demanda tout de même si c’était une bonne idée.
Gil ne tolérait aucun écart et peut-être était-il occupé ?
La peur au ventre, elle avait poussé doucement la porte du bureau, et par l’entrebâillement  avait surpris Gil en train de faire sauvagement l’amour à une belle inconnue sur le bureau.
Carla ne cria pas, ne fit aucun mouvement. 
Tétanisée.
Gil lui lança un regard étrange.
Il continua ses mouvements sans se préoccuper de la voyeuse accidentelle.
Il sembla même à Carla qu’il prenait un malin plaisir à mettre de la verve à son œuvre.
Au bout de ce qui sembla une éternité à Carla, Gil se retira de sa partenaire et jouit sur son ventre.
Carla se sentit mal tout en sentant monter en elle une certaine excitation.
Elle quitta le bureau et retourna docilement à la maison pour attendre le retour de Gil. Elle jeta ses nouveaux habits à la poubelle, de rage et de dépit.
Gil rentra, il l’embrassa distraitement, comme si rien ne s’était passé. Il s’installa à table et feuilleta  le courrier.
Un jour qui succède à un autre jour.
Une nuit qui succède à une autre nuit.

Le matin, Carla s’éveilla tard. Elle n’avait su trouver le sommeil, revoyant les images de Gil faisant l’amour à cette femme.  Gil était déjà parti travailler.

Dans le vestibule, Carla trouva une enveloppe avec son prénom.
Elle reconnut tout de suite son écriture.

« Ma chérie, j’espère que tu as pu dormir un peu. 
Te souviens-tu de Manuel que tu avais trouvé si sympathique à notre premier déjeuner d’amoureux ?  Eh bien il t’attendra ce soir pour une folle nuit.  Tout est convenu, il sait très bien que ce ne sera jamais qu’une seule et unique nuit et que jamais vous ne vous reverrez.  Vous en ferez ce que vous voudrez de cette nuit.  Jamais je ne t’en reparlerai et jamais je ne te poserai de questions. Tu as seule la clé de cette ivresse.  Remets cette jolie robe blanche que tu avais hier mais aucun sous-vêtement.  Prends tout ceci comme un cadeau, non pour me faire pardonner, mais en signe de notre nouvel avenir car à partir d’aujourd’hui nous formerons un vrai couple ! »

Carla relu la missive plusieurs fois.
Mais que voulait donc Gil ? Qu’elle passe la nuit avec un parfait inconnu pour qu’elle oublie ce qu’elle avait vu ?  Et d’un autre côté, si tout était de nouveau possible, ne devait-elle pas saisir cette chance ?

De toute façon, comme d’habitude elle ferait ce que Gil désirait. Elle était allée rechercher la robe dans la poubelle, l’avait lavée, repassée et l’avait mise en attendant d’autres informations.  Le string soyeux était lové au creux de son sac.

Gil passa prendre Carla un peu après 20 h et l’avait conduite à l’hôtel où il avait réservé une chambre au nom de Manuel.
Quand il l’avait déposée, Manuel était déjà là et avait juste fait entrer Carla en souriant.
Un sourire dévastateur.
Envoûtant pour une femme en manque de tendresse, d’amour et de sexe.
Et ils avaient fait l’amour.
D’abord pudiquement puis en se donnant l’un à l’autre sans retenue.
Avec excès.
Comme si cette nuit devait être la première,
ou la dernière.
Le matin Gil était passé reprendre Carla.
Assez sèchement.
Il l’avait reconduite directement à la maison, la vie avait repris son cours et finalement cette nuit n’était pas l’aube  d’une nouvelle vie. 
Tout n’était qu’habitude.
Ainsi était la vie de Carla.
Plate avec juste les souvenirs d’une folle nuit avec Manuel.
Allaient-ils se revoir ?
Jamais probablement.

 

Manuel était joueur.   Il aimait parier les choses les plus invraisemblables et la dernière en date était l’échange d’une journée de travail dans un bureau pour sa femme contre une nuit avec la femme d’un vague copain de jeu. Et il avait gagné.
Comme à son habitude se disait-il. 
Ce qu’il ne savait pas c’est que finalement sa femme, avait fait un peu plus que du travail de secrétariat.  Il l’ignorait et l’ignorerait probablement toujours.
Il s’était réjoui à la pensée de la nuit qui l’attendait.
Et il avait eu raison de se réjouir. Clara avait été fabuleuse et s’était donnée complètement.

 

Au tout de quelques mois, Clara finit par quitter Gil, elle ne revit jamais Manuel.  Ne sût jamais que toute cette histoire avait été une question de pari.
Manuel continua de croire à sa chance quand sa femme faisait du secrétariat.
Gil se réfugia dans l’alcool et le jeu… se demandant très souvent le lot qui l’attendrait le soir. 

Parce que pour jouer il faut avoir l’audace de perdre…

 

 

©Dentelle – 09/02/2012

 

19:22 Écrit par Dentelle dans Ecriture

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