22 février 2012

La vie de Cyria - épisode 1

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Cyria était à cran.
Elle se défendait pourtant souvent d’en arriver à ce stade-là, mais ces derniers jours avaient été harassants.
Son travail.
Eh oui, ce satané travail et son fichu environnement.

Quelques mois plus tôt, elle avait décidé de donner un autre souffle à sa carrière et s’était retrouvée cadenassée par un contrat dans cette société d’import-export de livres.
Et elle y avait cru aux grandes paroles distillées facilement, un peu trop même, par la directrice de l’établissement.
Bien sûr, Alfonso l’avait recommandée à ce poste, vantant ses mérites, y ajoutant même une touche pimentée personnelle.
Et Cyria avait quitté le giron paternel, ainsi que sa petite bibliothèque-librairie chaleureuse pour une énorme société aussi riche qu’anonyme.

Cyria avait un numéro.
Non, Cyria  était un numéro parmi tant d’autres, le cent vingt et un mille quatre-vingt-sept.
Rien qu’à penser à ce chiffre, elle en avait le tournis.
Chaque fois qu’elle allumait son ordinateur et ouvrait sa session, elle devait taper ce chiffre.  Et chaque jour, elle le recomposait, s’imposant une auto- discipline pour ne pas envoyer balader le clavier.
Cyria avait toujours été rebelle.
Intérieurement surtout.
Extérieurement elle paraissait superficielle, amusante, gaie-luronne et même de bonne composition.    Et finalement c’était un statut qui lui convenait bien.
Mais au fond d’elle germait toujours une petite graine de tendre timidité et de pudeur déguisée en audace.
Elle ne se dévoilait que rarement.  Même si elle aimait dispenser une tonne d’informations sur elle-même aussi superficielles les unes que les autres, d’aucun ne pouvait s’imaginer le fond de ses pensées ou les trésors de personnalité enfouis tout au fond d’elle-même.

 

Elle se souvenait du premier jour de ses désillusions..

à suivre. 

 

©Dentelle – 22/02/2012  

 

21:55 Écrit par Dentelle dans Ecriture, La vie de Cyria

20 février 2012

Pari tenu (suite et fin)

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Tu es prête ?
Ces quelques mots de Manuel la ramenèrent à la réalité.
- Presque !  s’entendit-elle répondre.
Un goût amer lui monta dans la gorge.  Elle ravala les larmes qui menaçaient de pulser sur ses joues pâles.
Elle enfila ses escarpins et sans un regard vers lui, fila.

Manuel ne tenta pas de la retenir.
Tout ceci était dans le « contrat ». 
Mais il ne pouvait s’empêcher de repenser à la folle nuit qu’il venait de passer, il se remémorait les gestes gracieux de Carla quand elle avait libéré son sexe durci de son fourreau.  La façon dont elle l’avait regardé droit dans les yeux quand le rythme de son bassin avait épousé parfaitement le sien.
Mais tout ceci était fini.
Il avait tenu son pari.

Carla grimpa dans la voiture de Gil.  Malgré la chaleur, elle frissonna.
Il l’embrassa à pleine bouche, glissa une main dans son entrejambe et d’un air satisfait, démarra en trombe.

La vie reprit son cours normal pour Carla.  Elle était la parfaite « épousée » que Gil attendait.  Il était courtois,  posé,  gentil dans ses bons jours, mais se laissait toujours guider par la raison.
Elle aurait voulu qu’il la traite comme une amante, mais il n’en ressentait pas le besoin. 
Par contre Carla avait les besoins d’une jeune trentenaire.  Et Gil ne faisait rien, ou presque pour la combler.
De temps à autre il l’autorisait à le masturber mais tout se passait toujours très vite et elle n’y prenait pas souvent de plaisir.
Elle rêvassait à cette folle nuit en-corps  qu’elle avait vécue avec Manuel.  Mais savait qu’elle serait l’exception qui confirme la règle.
Une seule nuit.
Juste une.

Tout avait débuté la semaine dernière…

Carla n’en pouvait plus.  Elle avait BESOIN de se sentir une femme désirée.
Elle s’était acheté une jolie robe en coton, des escarpins à talons hauts, un string de soie blanc.  Gil ne pourrait lui résister.
Vêtue de ses nouveaux achats, elle s’était rendue à son bureau dans l’espoir d’y puiser un peu de tendresse voire même un peu de sexe.
Elle s’était faufilée dans l’ascenseur et en appuyant sur le bouton 4, elle se demanda tout de même si c’était une bonne idée.
Gil ne tolérait aucun écart et peut-être était-il occupé ?
La peur au ventre, elle avait poussé doucement la porte du bureau, et par l’entrebâillement  avait surpris Gil en train de faire sauvagement l’amour à une belle inconnue sur le bureau.
Carla ne cria pas, ne fit aucun mouvement. 
Tétanisée.
Gil lui lança un regard étrange.
Il continua ses mouvements sans se préoccuper de la voyeuse accidentelle.
Il sembla même à Carla qu’il prenait un malin plaisir à mettre de la verve à son œuvre.
Au bout de ce qui sembla une éternité à Carla, Gil se retira de sa partenaire et jouit sur son ventre.
Carla se sentit mal tout en sentant monter en elle une certaine excitation.
Elle quitta le bureau et retourna docilement à la maison pour attendre le retour de Gil. Elle jeta ses nouveaux habits à la poubelle, de rage et de dépit.
Gil rentra, il l’embrassa distraitement, comme si rien ne s’était passé. Il s’installa à table et feuilleta  le courrier.
Un jour qui succède à un autre jour.
Une nuit qui succède à une autre nuit.

Le matin, Carla s’éveilla tard. Elle n’avait su trouver le sommeil, revoyant les images de Gil faisant l’amour à cette femme.  Gil était déjà parti travailler.

Dans le vestibule, Carla trouva une enveloppe avec son prénom.
Elle reconnut tout de suite son écriture.

« Ma chérie, j’espère que tu as pu dormir un peu. 
Te souviens-tu de Manuel que tu avais trouvé si sympathique à notre premier déjeuner d’amoureux ?  Eh bien il t’attendra ce soir pour une folle nuit.  Tout est convenu, il sait très bien que ce ne sera jamais qu’une seule et unique nuit et que jamais vous ne vous reverrez.  Vous en ferez ce que vous voudrez de cette nuit.  Jamais je ne t’en reparlerai et jamais je ne te poserai de questions. Tu as seule la clé de cette ivresse.  Remets cette jolie robe blanche que tu avais hier mais aucun sous-vêtement.  Prends tout ceci comme un cadeau, non pour me faire pardonner, mais en signe de notre nouvel avenir car à partir d’aujourd’hui nous formerons un vrai couple ! »

Carla relu la missive plusieurs fois.
Mais que voulait donc Gil ? Qu’elle passe la nuit avec un parfait inconnu pour qu’elle oublie ce qu’elle avait vu ?  Et d’un autre côté, si tout était de nouveau possible, ne devait-elle pas saisir cette chance ?

De toute façon, comme d’habitude elle ferait ce que Gil désirait. Elle était allée rechercher la robe dans la poubelle, l’avait lavée, repassée et l’avait mise en attendant d’autres informations.  Le string soyeux était lové au creux de son sac.

Gil passa prendre Carla un peu après 20 h et l’avait conduite à l’hôtel où il avait réservé une chambre au nom de Manuel.
Quand il l’avait déposée, Manuel était déjà là et avait juste fait entrer Carla en souriant.
Un sourire dévastateur.
Envoûtant pour une femme en manque de tendresse, d’amour et de sexe.
Et ils avaient fait l’amour.
D’abord pudiquement puis en se donnant l’un à l’autre sans retenue.
Avec excès.
Comme si cette nuit devait être la première,
ou la dernière.
Le matin Gil était passé reprendre Carla.
Assez sèchement.
Il l’avait reconduite directement à la maison, la vie avait repris son cours et finalement cette nuit n’était pas l’aube  d’une nouvelle vie. 
Tout n’était qu’habitude.
Ainsi était la vie de Carla.
Plate avec juste les souvenirs d’une folle nuit avec Manuel.
Allaient-ils se revoir ?
Jamais probablement.

 

Manuel était joueur.   Il aimait parier les choses les plus invraisemblables et la dernière en date était l’échange d’une journée de travail dans un bureau pour sa femme contre une nuit avec la femme d’un vague copain de jeu. Et il avait gagné.
Comme à son habitude se disait-il. 
Ce qu’il ne savait pas c’est que finalement sa femme, avait fait un peu plus que du travail de secrétariat.  Il l’ignorait et l’ignorerait probablement toujours.
Il s’était réjoui à la pensée de la nuit qui l’attendait.
Et il avait eu raison de se réjouir. Clara avait été fabuleuse et s’était donnée complètement.

 

Au tout de quelques mois, Clara finit par quitter Gil, elle ne revit jamais Manuel.  Ne sût jamais que toute cette histoire avait été une question de pari.
Manuel continua de croire à sa chance quand sa femme faisait du secrétariat.
Gil se réfugia dans l’alcool et le jeu… se demandant très souvent le lot qui l’attendrait le soir. 

Parce que pour jouer il faut avoir l’audace de perdre…

 

 

©Dentelle – 09/02/2012

 

19:22 Écrit par Dentelle dans Ecriture

08 février 2012

Pari tenu - 1ère partie

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- Du beurre ?
- Non merci !
La réponse fusa presqu’aussi vite que la question.
Tranchante.
Nette et précise.
Un sourire éclaira cependant ses traits masculins.  Le soleil imprégna ses yeux et son visage, ravissant à sa compagne l’impression d’avoir posé la mauvaise question au mauvais moment.
Une douce intimité baignait la pièce. 
Il faisait chaud. 
Clara s’était à peine vêtue pour le petit-déjeuner.  Manuel avait juste passé un short et un tee-shirt sur une peau douchée d’à peine 5 minutes.
La fenêtre ouverte sur la terrasse laissait passer de temps à autre une brise fraîche, faisant voleter le tulle des rideaux.

Manuel croqua une pomme pendant que Clara buvait son café.
Noir.
Ils se sourirent. 
Encore une fois,
Une dernière fois peut-être.

On frappa et un homme entra sans invitation.
« C’est l’heure ! » furent ses seuls mots,  et sans un regard il sortit de la pièce à grands pas.
Clara soupira.
Avec résignation.
Elle quitta la petite table de la chambre et se dirigea vers le lit, y jeta la nuisette de dentelle. 
Nue elle se dirigea vers la douche.
Manuel la perdit de vue dans la buée de l’autre pièce.

Une ondée plus tard, elle revint dans la chambre et se faufila vers le petit fauteuil où elle avait laissé tomber sa robe le soir précédent.
Ou était-ce un autre soir ?
Elle n’y pensa plus.
La robe de coton blanc prit vie sur son corps légèrement hâlé.
Elle chercha des yeux son petit sac et en sortit un string immaculé soyeux.
Ses pensées s’évadèrent sur le moment où elle l’avait ôté sous l’ordre de Gil.

À suivre

©Dentelle – 08/02/2012

16:03 Écrit par Dentelle dans Ecriture

05 février 2012

De l'ombre à la lumière

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Ce n’était pas nouveau.
Encore une fois les aiguilles avaient œuvré et un tissu d’heures avait filé entre le moment où l’être cher avait disparu dans la nuit et celui où elle revenait à la vie réelle.
Margot n’aimait pas les jours qui finissaient de cette façon, mais elle n’y pouvait rien.
Elle avait acquis ce petit brin de fatalité au fil des années.

Elle se remémora la soirée d’hier.
Un petit sms l’avait surprise dès sa sortie du bureau. 
« Je suis dispo pour quelques heures…. ».
Court et pourtant si concis.
Ces trois points de suspension qui en disaient long.
Trois points,
comme s’il était impossible d’arrêter l’encre de couler après un seul.
Comme si rien n’avait une fin.
Pourtant elle aurait aimé inscrire le mot fin à cette histoire, mais elle en était incapable.
L’Amour était plus fort que tout,
Plus fort que la raison,
Comme souvent,
Comme toujours  pouvait-elle se dire quand un petit moment de lucidité s’emparait de son esprit.

Le court message induisait tellement de choses !
Un petit souper, création d’une atmosphère chaleureuse,  une préparation méticuleuse de son corps.
Margot était donc passée chez le traiteur avant de réintégrer son minuscule appartement.  Pervenche, sa chatte l’avait boudée,  dès son entrée, comme si elle ressentait la tristesse de sa maîtresse.
Maîtresse.
Ce mot résonnait sans cesse dans sa tête.  Elle détestait ces lettres de l’ombre et cherchait souvent à les éviter, mais inévitablement elles refaisaient surface, comme un terrible secret qu’on essaie de noyer dans un dernier verre.
Menu de ce soir : « tagine de poulet aux abricots secs » et Elle-même.
Margot n’aimait pas particulièrement ce plat mais c’était l’un de Ses préférés et elle voulait à tout prix lui faire plaisir,
Comme toujours.

Elle approcha  la table basse de salon près du canapé et y dressa le couvert pour deux personnes.
Elle se versa un verre de vin d’un grenat profond, y trempa les lèvres et se laissa envahir par la douce chaleur ambiante.
Des bougies aux huiles essentielles de citron répandaient leur odeur douçâtre.

Margot détailla la table  avant de passer sous la douche. Elle savait comment allait finir cette soirée.  Après avoir goûté deux ou trois bouchées du plat, elle allait débarrasser assez rapidement et elle s’offrirait aux plaisirs de sa conquête.

La mousse orchidée sauvage s’étalait, moutonnait sur la peau blanche de Margot.  Elle se glissa ensuite dans sa moelleuse sortie de bain, avant d’opter pour une longue nuisette de satin mauve.  Épaules nues, elle frissonna.

Une clé glissa dans la porte qui s’ouvrit sur une silhouette.
Margot devinait le sourire sur le visage à contrejour, mais son propre cœur saignait, sans rien dire, sans le vouloir.

Le scénario intime qui suivit le premier baiser échangé se déroula comme dans un conte de fées, mais comme le pensait trop souvent Margot, sans les fées.

 

Elle se réveilla dans son lit,
Seule,
Juste avec les souvenirs du parfum de Joëlle sur la peau.
Cette ensorcelante femme qui avait fait d’elle une ombre,
L’ombre d’une maîtresse.

Je dédie ce texte à toutes les femmes qui restent dans l’ombre,
par obligation,
par peur,
ou tout simplement par Amour.

 

©Dentelle – 05/02/2012

 

21:21 Écrit par Dentelle dans Ecriture

11 octobre 2011

à marée haute - fin

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Le vent et la pluie battaient puissamment contre les fenêtres.
Si l’on tendait l’oreille dans ce brouhaha, on pouvait distinguer les vagues se fracassant contre les falaises.
La fureur avait pris possession de tous ces éléments.

Robin revenait définitivement à lui.
Les draps vaguèrent légèrement à ses côtés. Il ouvrit grand les yeux dans la pénombre ambiante de la pièce. Il regarda d’abord, puis tâta le corps étendu de l’autre côté du lit.

" Marion ! " murmura-t-il.

Leurs poignets n’étaient plus entravés et Marion semblait dormir paisiblement.

Il tituba jusqu’à la fenêtre munie de barreaux. Il faisait nuit noire mais il pouvait distinguer au loin la furie de l’océan.
Marée haute  pensa-t-il.
Il se dirigea vers la porte.

Fermée à clé.

Il revint près de Marion et tenta de la réveiller également.
Elle remua, marmonna quelque chose et se recroquevilla de nouveau au bout du lit.
Elle devait avoir été droguée également pour réagir de cette façon, pensa Robin.

Il alluma une des lampes de chevet. La pièce s’éclaira d’une lumière ambrée.
Il examina attentivement la pièce.
Un petit papier plié en deux déposé sur un petit guéridon attira son attention.

Il lut.

Rapidement. 

" Monsieur Robin,

Ne cherchez pas à comprendre pourquoi vous êtes ici. Vous n’êtes prisonnier que de vos habitudes.

Et ceci est une manière de les détourner à votre avantage ".

Robin cilla.

Que voulait dire ce message ?

Cette fois Marion émergeait également.
Robin fonça la rassurer et la prendre dans ses bras.
En quelques mots, il lui étala la situation et voulu connaître les moindres détails de son arrivée ici.

Marion expliqua, le message reçu de lui-même, et comment à peine arrivée elle s’était sentie bizarre.

Robin ne dit rien de plus.
Il n’ajouta pas, pour ne pas l’effrayer, qu’il n’était pas l’instigateur de ce message, et surtout qu’il avait reçu le même de sa part à elle.

Il fallait se décider. Crier ? Hurler ? Tenter de défoncer la porte ?

Robin et Marion échangèrent un long regard.
Angoisse ? Simple crainte ?
Après tout ils étaient ensemble et leur aventure paraissait tellement irréelle qu’ils avaient du mal à croire qu’on les avait vraiment attachés et drogués.
Ils parlèrent un peu, chacun replaçant ses souvenirs dans le contexte du temps.
Marion était arrivée avant Robin ou l’inverse ?
Ils avaient chacun bu du thé qui semblait avoir tout annihilé en eux.
Robin ne se rappelait pas s’il était dans " sa " chambre de départ ou s’il était venu dans celle-ci ensuite pour rejoindre Marion.
Marion ne se souvenait plus exactement du déroulement de la situation non plus.
On frappa doucement à la porte.
Robin bondit pour l’ouvrir, prêt à s’enfuir à toutes jambes.
La porte céda au premier tour de poignée.

Un petit plateau trônait sur le pas de la porte.

Impression de déjà-vu

Robin passa la tête dans le couloir.

Désert.

Il prit le plateau et le déposa sur le lit après avoir bloqué la porte avec un fauteuil.
Sécurité oblige.

Une bouteille.

Deux verres.

Un petit mot.

" Pour un abandon total l’un à l’autre ! ".

Marion ne trouvait rien à dire à Robin.
Robin restait plongé dans les yeux de Marion.
Allaient-ils oser boire ?
Robin et Marion avaient peur de cet inconnu où ils ne maîtrisaient rien.
Les pensées déferlèrent.

Dans chacun d’eux.

Robin pensa : Et si Marion était l’instigatrice de tout ceci ?
Marion pensa la même chose.

Et ils burent….

Pour un abandon total l’un à l’autre.

 

***

Je me suis longtemps demandé si j’allais ajouter une suite à ce texte où laisser chacun donner libre cours à son imagination.

Cette aventure vous tente-t-elle ? Avez-vous envie d’une suite ?

Des envies à me soumettre ?

Dentelle

 

13:18 Écrit par Dentelle dans Ecriture

à marée haute (2e partie)

Robin émergeait doucement, encore bercé par la chaleur qui s’était répandue dans tout son corps.
Ses souvenirs étaient assez vagues, comme les choses sont emprisonnées par la brume un matin d’automne pluvieux.
Il cligna des yeux, une fois, puis deux et finit par les ouvrir complètement.
Un douloureux élancement lui tirailla le cerveau.
Coton.
Ce mot lui revenait sans cesse à l’esprit et à la bouche. 

Il tenta de se relever,
Mais ses membres étaient entravés.
Il jeta un coup d’œil dans la pièce,
Mais il ne pouvait deviner que l’ombre des meubles ensevelie sous la nuit. 

Il essaya de réfléchir, et pourtant il ne pouvait empêcher son esprit de vagabonder sans but précis.
Des images flottaient dans sa tête et tentaient de refaire surface dans la conscience du réel. 

Le message de Marion,
Une jeune dame inconnue,
Du thé.

 

 

 

C’était tout ce dont il se rappelait pour l’instant.
Une peur l’envahit.

Que faisait-il ici et pourquoi ?

À suivre. 

©Dentelle

13:11 Écrit par Dentelle dans Ecriture

à marée haute (1e partie)

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La cour était déserte.
Un vent froid tapissait l’air, décoiffant les arbres, leur arrachant ainsi les derniers stigmates de l’automne.
Une pluie agaçante trempait les dallages bleutés et rendait le sol glissant.

Marion baissait la tête, tentant de repérer la porte d’entrée de l’imposant bâtiment.
Une rafale un peu plus violente la propulsa contre un des murs de pierre, Elle se redressa et s’agrippa un peu plus loin à l’énorme porte de bois.
Celle-ci n’était pas verrouillée et Marion s’engouffra en même temps que le vent à l’intérieur de l’édifice.
Un haut lustre distillait une lumière perçante, rassurant Marion sur la vie dans cette bâtisse.
Un petit bureau moderne attendait la clientèle de ce gîte spécial. Marion trouvait que le meuble dénotait par rapport à l’ensemble de l’architecture. D’ailleurs dès qu’on pénétrait dans le hall, c’était l’immense escalier en bois ciré qui attirait le regard, forçant l’admiration.

Marion sonna.
Une dame, jeune et souriante, se pressa devant Marion, comme si elle l’avait attendue avec impatience.
Celle-ci la prit dans ses bras et l’étreignit comme une vieille amie.

Marion se dégagea,
Sans brusquerie, mais s’étonna de cette familiarité.

" Bonjour Marion ! je peux vous appeler Marion n’est-ce pas ? "

" Euh, oui, si vous voulez ".

" Je vais vous conduire à votre chambre, vous pourrez vous débarrasser et défaire vos bagages ".

" Merci, mais peut-être devrais-je attendre Robin ici ? "

" Non, non tout est prévu, ne vous inquiétez surtout pas, Monsieur aura un peu de retard mais il nous a avertis ".

Marion déposa son bagage par terre et fouilla son sac à main à la recherche de son portable.
Pas de réseau.
Voilà pourquoi Robin ne l’avait pas prévenue de son retard. Il avait insisté pour qu’elle le rejoigne directement ici, puisque lui-même était déjà en séminaire dans la région pour son travail.

Elle avait fini par céder, même si les quatre heures de route la rebutaient.
Finalement elle rêvait de découvrir cet endroit magique pour elle, ses falaises, ses maisons d’un autre temps.
Beaucoup d’écrivains y avaient séjourné, y puisant inspiration, joie, magie des mots.
Marion aimait écrire.
Des petits bouts d’histoire, des textes. La sensualité des mots l’émouvait souvent, creusant en elle des sillons indélébiles.
Il lui était cependant difficile de partager cette passion avec quelqu’un. Peut-être que la musique en lettres n’influe pas de la même manière sur chacun d’entre nous, se disait-elle secrètement.
Robin l’encourageait dans cette voie mais n’avait pas la sensibilité nécessaire pour vivre pleinement une telle passion.
Marion pensait souvent que chacun est différent et qu’il faut s’y adapter. D’ailleurs elle le faisait.
Où le tentait.
Avec lui.

Marion grimpa les marches grinçantes derrière la jeune femme.
Elle ne savait dire pourquoi mais une crainte, tapie au fond d’elle-même, se faisait entendre.
Au bout d’un couloir qui avait paru s’étendre à l’infini, la femme s’arrêta devant une porte.
Elle y précéda Marion.

" Voilà, vous êtes chez vous ! Installez-vous, j’arrive avec du thé pour vous réchauffer "

Marion avait voulu lui dire qu’elle n’aimait pas beaucoup le thé, mais d’une pirouette, la femme avait disparu.

Au bout d’une dizaine de minutes, on frappa doucement à la porte.
Marion espérait que Robin arrivait enfin, elle ouvrit pour découvrir un plateau au pas de la porte avec un petit mot.

"Buvez tant que c’est chaud !"

Marion prit le plateau et le déposa au pied du lit.
Elle huma le liquide brûlant.

L’odeur n’était pas tentante mais Marion était frigorifiée et avait bien besoin de quelque chose de chaud.
Elle but.
Presque tout.
Elle s’étendit une seconde.

Quelques minutes plus tard, la tête commença à lui tourner, son cœur s’emballait.
Au dernier moment de conscience, une peur l’envahit.

Que faisait-elle ici et pourquoi ?

à suivre.

© Dentelle

13:04 Écrit par Dentelle dans Ecriture

C'est la fin!

"Champagne ! "  A crié Vincent à cette cérémonie d’enterrement de vie de garçon.
Pourquoi l’appelle-t-on comme ça ? Parce qu’après on devient une fille ??
Et l’inverse également ?
Voilà pourquoi l’équilibre des sexes est respecté alors !
Joyeuse mise en bière en perspective !

© Dentelle

12:58 Écrit par Dentelle dans Ecriture

La main dans le sac

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La main dans le sac

Elle plongea la main dans le sac, y cherchant quelque chose de connu.

En fait, elle cherchait surtout à se rassurer sur le contenu à défaut de tout connaître sur le contenant.
Ses doigts agrippèrent un objet.
Dur,
Froid.
Il lui était impossible d’en saisir les contours, d’en reconnaître le sens ou l’utilité.
Elle voulait le sortir de là, lui rendre sa liberté, lui permettre de revoir la lumière du jour.
Quelque chose l’en empêchait,
Fermement.
En fait c’était probablement le fameux sac en lui-même.
Celui dont tout le monde parle en permanence,
Un vrai et terrible sac de nœuds.
Impossible à dénouer ! 

© Dentelle

12:55 Écrit par Dentelle dans Ecriture

Le destin de Lise

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Lise voyait son reflet s’envoler dans l’eau, les gouttes de pluie s’acharnant à troubler son image.
Elle était assise sur le bord de la fontaine, tentant de se reposer quelques instants.
Elle affectionnait cet endroit où la quiétude contrastait avec le bruit de la circulation.
Lise regardait les rides de ses yeux s’effacer peu à peu.
Elle se souriait.
Petit à petit les cercles s’agrandissaient, ne laissant plus de place pour son visage.
Il faisait gris et le ciel était très menaçant, comme s’il devait évacuer sa colère.

Lise pressa le pas pour rentrer.
Sa maison n’était qu’à quelques rues de là.
Elle tourna la clé dans la serrure. Magda s’empressa de fêter son retour.
Une caresse plus tard, la chienne se recoucha sur le tapis.

Lise alluma le séjour et se débarrassa enfin de ses vêtements humides.
Elle fila sous la douche et laissa couler l’eau chaude longtemps sur son corps.
Elle se sentait revivre sous la mousse qui la recouvrait.
Une délicieuse odeur s’étalait sur elle au fur et à mesure des passages de l’éponge.
Elle se rinça longuement et finit par sortir de la vapeur à regrets.
Elle se réfugia dans un peignoir satiné et frissonna légèrement.

Le miroir lui renvoya son image.
Malgré son âge, elle se trouvait encore attirante.
Ses yeux débordaient de bonne humeur, cependant une certaine nostalgie du passé lui
étreignait le cœur.
Elle aurait tant voulu qu’Il soit là, sur le lit, en train d’attendre qu’elle soit fraîche.
Mais le destin en avait décidé autrement.
Elle se rappelait combien il était bon de se réfugier dans ses bras pour se réchauffer, pour y puiser
une nouvelle énergie.
Elle regagna le salon.
Elle s’étendit sur le sofa, saisit la télécommande pour regarder, comme à son habitude, une émission sans réellement la voir.
Une tristesse l’envahit encore, débordant de son cœur meurtri par l’amour.
Mais pourquoi l’amour fait-il toujours mal ?

La sonnette retentit, Magda aboya, cherchant à chasser l’intrus.
Lise n’avait pas envie d’ouvrir, elle n’attendait et ne voulait voir personne.
Le deuxième coup de sonnette se fit plus insistant et Lise finit par aller ouvrir.

" Bonsoir, je suis votre nouveau voisin et je vous ai vue rentrer, je voulais juste me présenter puisque nous allons être amenés à nous revoir souvent ".

Lise sourit.
Pour de vrai.

Un sourire chaleureux, plein de promesses….

© Dentelle 

11:59 Écrit par Dentelle dans Ecriture, Humeur